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I.
LES MATIÈRES
> LA CHAÎNE URANIUM - PLUTONIUM >
TRAITMENT DES DÉCHETS RADIOACTIFS |
Les déchets radioactifs sont traités par des méthodes des plus diverses,
et de nouvelles technologies sont toujours en développement. Nous n'exposons
brièvement ici qu'un seul aspect de ce domaine complexe : la réduction
du volume.
Le programme Puretex du CEA regroupait des recherches tendant à diminuer
le volume et l'activité des déchets, en particulier pour ce qui concerne
les déchets secondaires provenant du retraitement. De plus, les producteurs
de déchets s'efforcent de réduire le volume de déchets qu'ils doivent
expédier aux centres d'entreposage ou de stockage afin de réduire le coût
d'évactuation de ces déchets.
Il y a au moins cinq façons d'aborder le problème des déchets radioactifs:
I. LE TRI
Le tri poussé évite de mélanger des déchets peu contaminés à des déchets
nécessitant un traitement et/ou un stockage coûteux. Pratiqué par la plupart
des exploitants aujourd'hui, c'est le seul moyen évitant de créer des
déchets secondaires, les déchets créés par le traitement des déchets,
etc...
II. LE COMPACTAGE
Des presses destinées à diminuer le volume des déchets solides se trouvent
sur la plupart des sites de production importants. Les risques sont normalement
minimes, mais, selon la nature des déchets compactés, les presses peuvent
disperser des effluents gazeux et des liquides qu'il faut piéger et conditionner.
III. LA DECONTAMINATION
Utilisée depuis la création des sites nucléaires, la décontamination consiste
en des traitements tels que la co-précipitation des liquides contaminés,
le sablage des métaux pour éliminer une contamination de surface, et le
trempage de déchets métalliques dans un bain chimique. Des déchets secondaires
sont créés dans chacun de ces cas : les boues provenant de la précipitation,
les sables contaminés, les liquides contaminés. Aujourd'hui, on utilise
la décontamination pour changer la catégorie de déchets donnés. Ainsi,
on peut partir de déchets solides moyennement actifs pour aboutir à des
déchets solides dits faiblement actifs, et des effluents en quantité,
qui sont eux-mêmes traités jusqu'à devenir des boues également faiblement
actives, ou encore des effluents faiblement contaminés qui sont alors
rejetés dans l'environnement.
IV. LA REUTILISATION
Appelée " le recyclage ", cette voie économise des matières nucléaires.
Pourtant, la récupération de matières nucléaires crée des déchets secondaires,
y compris des effluents actifs, et comporte quelquefois des opérations
qui augmentent nettement les risques pour les travailleurs. Jean-Luc Lamy,
agent de radioprotection, explique : " Avant, les campagnes [par voie
humide] étaient longues et importantes, homogènes, propres. Maintenant,
de plus en plus souvent, on trouve des reliquats, des rebuts, de vieux
stocks plus ou moins bien connus ou répertoriés. Il faut les éliminer,
les récupérer, tout en évitant de se faire piéger par quelque colis mal
ou pas étiqueté. Un malheureux petit paquet de PuO2, un colis erroné et
c'est la peste. On prend donc en horreur les campagnes "diverses", à lots
multiples, de véritables loteries radiologiques " [Lamy 93a].
La réutilisation est parfois aussi utilisée pour se débarrasser de matières
dites très faiblement actives (TFA) dans le domaine public. Le démantèlement
d'installations nucléaires va être associé à une tentation de libérer
des déchets dits très faiblement actifs dans le domaine public, ceci à
cause du problème lié au sort des grandes quantités de déchets mis en
cause. Vers la mi-2000, la France n'avait pas encore défini de réglementation
précise adaptée aux déchets ayant une activité de moins de 100 Bq/g. Quelle
que soit la réglementation choisie, sa mise en application posera inévitablement
problème. V. LE TRAITEMENT THERMIQUE V.A.Comprenant des procédés divers,
cette voie est de plus en plus utilisée:
V. LE TRAITEMENT THERMIQUE
V.A. Comprenant des procédés divers, cette voie est de plus en
plus utilisée :
V.A.1. --La fusion de métaux :
le CEA a fondu des déchets de plomb à Marcoule et à Saclay dans les années
60 et 70. Plus récemment, il a expérimenté la fusion des métaux à Saclay,
et la fusion de coques, en particulier à Marcoule. Un four, situé près
des réacteurs fermés G2 et G3 à Marcoule, a fondu des aciers faiblement
contaminés de ces deux réacteurs, et des ferrailles d'autres centres du
CEA. D'autres fours se trouvaient également à [ or 'sur les sites d'']
Alès et à Fos-sur-Mer. Centraco, proche de Marcoule, fond des ferrailles
en provenance d'EDF, de Cogéma et d'autres sociétés. Le CEA a même annoncé
en 1995 que " la fusion pourrait être également envisagée ultérieurement
pour les métaux de forte activité" [CEAD 94].
V.A.2--L'évaporation :
l'évaporation des effluents liquides s'effectue à Saclay, Cadarache, Valduc,
Marcoule, La Hague et peut-être Grenoble. Marcoule et La Hague ont longtemps
concentré les solutions de produits de fission par évaporation. Marcoule
a installé un évaporateur pour d'autres effluents liquides dans les années
80, et La Hague vient de mettre en service de nouvelles unités d'évaporation
pour traiter des liquides antérieurement traités par coprécipitation.
V.A.3.--L'incinération :
le traitement des déchets par incinération n'est pas une innovation. Dans
les années 60, le CEA a mis en service des incinérateurs de déchets actifs
à Cadarache, Fontenay, Marcoule et Grenoble. Mais l'incinération est en
train de prendre de l'envergure. Il semblerait que de vieux incinérateurs
fonctionnent également à Cadarache, Fontenay et Grenoble, après refontes
. FBFC à Romans exploite un incinérateur pour déchets uranifères. Melox
et Valduc exploitent aujourd'hui un incinérateur pour déchets alpha, ce
qui sera aussi le cas de Cadarache. Centraco est équipé d'un incinérateur
destiné à brûler 5 000 t/an de déchets dits faiblement contaminés provenant
de Cogéma, EDF et d'autres producteurs.
V.A.4.--Autres procédés :
à Cadarache, le CEA stabilise de l'ancien combustible UNGG dans un four
à température élevée pour permettre son retraitement. La Cogéma à La Hague
traite par distillation et pyrolyse des solvants organiques. Suivant l'exemple
du Bouchet et Malvési, Annecy et l'usine FBFC de Romans traitaient et,
au moins pour ce qui concerne Romans, traitent toujours des produits rebutés
par grillage. La vitrification, utilisée à La Hague et Marcoule, est plutôt
une méthode de conditionnement que de traitement, mais cette méthode comporte
également le chauffage des déchets.
Chaque fois que les déchets sont traités par la chaleur, que ce soit
pour en réduire le volume ou pour autre chose, il y a un risque que des
radionucléides et/ou d'autres matières toxiques accompagnant les radionucléides
se volatilisent et s'échappent dans l'environnement. Les systèmes de filtration
ne sont jamais efficaces à 100 %. Une perte d'un pourcentage minime des
matières brûlées peut être dangereuse. Le rejet d'un ou deux grammes d'oxyde
d'uranium, par exemple, représente la dispersion de cent millions de millions
(10E+14) de petites particules d'uranium qui peuvent provoquer des dégâts
biologiques. La chaleur ne détruit jamais les radionucléides, mais elle
peut contribuer à les disperser.
Nous ne discutons ici, à titre d'exemple, que de l'incinération. La plupart
des incinérateurs cités ci-dessus, rappelons-le, incinère les déchets
qui sont chimiquement toxiques aussi bien que radioactifs, les déchets
"mixtes" comme on dit aux Etats-Unis.
V.B. L'incinération de déchets mixtes s'accompagne des inconvénients
suivants :
V.B.1.--Dissémination de produits chimiques :
la combustion incomplète des déchets, qui peut se produire en raison,
par exemple, d'un mélange de matières dont chacune demande des conditions
différentes pour la combustion optimale, génère des " produits de combustion
incomplète " ou PIC selon la terminologie américaine. Ces PIC se forment
dans la partie de l'incinérateur où se refroidissent les gaz de combustion.
On pense que les plus dangereux sont les "halo carbonés" comprenant de
la dioxine. Une voie de création de la dioxine est l'incinération combinée
des PVC et d'une matière contenant du carbone (bois, papier). On ne peut
pas éliminer, mais seulement diminuer, les rejets de dioxine et des composés
semblables en injectant du carbone actif dans le système.
V.B.2.--Dissémination de métaux :
plusieurs métaux se volatilisent dans les chambres de combustion et s'échappent
en fines particules. Les filtres, quand ils fonctionnent bien, peuvent
retenir jusqu'à 99,9 % des particules de métaux, sauf pour le mercure
qui est plus difficile à piéger.
V.B.3.--Dissémination de radionucléides :
ils sont libérés dans les effluents gazeux ou restent dans les cendres,
les filtres ou les eaux usées. Dans un incinérateur en fonctionnement
normal, la plupart finissent dans les cendres. Le carbone 14, le tritium
et plusieurs isotopes d'iode s'échappent très facilement et la totalité
de ces radionucléides passe dans l'atmosphère si on n'utilise pas de filtres
spéciaux, ce qui n'est pas le cas d'ordinaire. L'uranium, le plutonium
et le césium 137 sont moins volatils mais peuvent néanmoins poser un problème.
Une étude récente de l'Agence américaine de protection de l'environnement
montre qu'un incinérateur de déchets "mixtes" typique pourrait conduire
à une exposition du public au plutonium dépassant les normes fédérales
[USEPA 91].
V.B.4.--Création de déchets solides secondaires :
le traitement des gaz de combustion avec l'eau et le traitement de cette
eau, créent des boues contaminées qu'il faut stocker tout autant que des
eaux de lavage "faiblement" contaminées qui sont rejetées. Les cendres
des incinérateurs pour les déchets plutonifères et uranifères posent un
problème particulier. Le CEA a développé un procédé permettant de récupérer
" 98 % ou plus " du plutonium et de l'américium dans les cendres [Mouliney
94; Marc 98]. Cependant les 98 % ne permettent pas de déclasser les cendres
pour un stockage de surface. Un tel déclassement demanderait un facteur
de décontamination de 10 000 à 100 000 [Cécille 93]. L'usine FBFC de Romans
a connu des difficultés concernant le traitement des cendres uranifères,
mais nous ne disposons pas d'informations récentes concernant ces déchets.
V.B.5--Besoin d'entretien :
l'efficacité d'un incinérateur dépend de la façon dont on l'entretient
aussi bien que de ce qu'on y brûle. De nombreux accidents ou incidents
surviennent en raison de la complexité des systèmes d'épuration des gaz,
ce qui fait que l'entretien est essentiel. V.B.6--Tentation de mal utiliser
l'incinérateur : une fois qu'un incinérateur est construit, la tentation
est grande de se débarrasser de n'importe quel déchet, y compris de déchets
provenant d'autres installations. Le technicien de radioprotection Jean-Luc
Lamy note à cet égard : " La responsabilité de l'expéditeur se trouve
toujours engagée, car les analyses sont le plus souvent globales, ce qui
signifie des "oublis" d'impuretés de transuraniens, de produits de fission
et autres. Une omission, certes, mais quelle importance, quand ce sont
vos hommes, vos installations qui sont piégés, accidentés >>[Lamy
93a].
Pour le public, la seule façon de s'assurer { a posteriori { qu'un incinérateur
ou un autre traitement thermique ne contamine pas les êtres vivants est
le contrôle indépendant de la radioactivité autour du site.
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