La France nucléaire: matières et sites

Mary Byrd Davis

 
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BASSE-NORMANDIE

LA HAGUE

VI. PROBLEMES DE SECURITE

UP2-800 et UP3 sont sous contrôle de garantie d’Euratom ; et l’AIEA est responsable de l’inspection des piscines de stockage de combustible irradié. De plus, la Cogéma a installé des matériels informatisés destinés à empêcher la subtilisation de plutonium. Néanmoins, en raison de problèmes propres à toute usine de retraitement, les contrôles des matières nucléaires ne peuvent jamais être tout à fait efficaces. Vous trouverez ci-dessous quelques exemples de ces problèmes.

La difficulté la plus évidente est le manque de connaissance de la quantité exacte de plutonium dans l’usine. Le plutonium et l’uranium qui arrivent ne peuvent pas être mesurés exactement avant que les assemblages aient été cisaillés, dissous, clarifiés, et transférés dans une cuve de contrôle. On peut estimer la quantité de plutonium dans chaque assemblage en prenant en compte le taux d’irradiation et la durée de refroidissement, mais ce chiffre n’est pas assez précis pour les fins de contrôle.

La question de la quantité est rendue encore plus difficile par le fait que du plutonium reste toujours fixé aux tuyaux et aux autres matériels à l’intérieur de l’usine. On peut essayer de mesurer à distance ce plutonium, mais l’incertitude est au moins de 5 % et peut-être 30 % [Leventhal 94].

Il y a donc toujours dans une usine de retraitement une différence entre les quantités mesurées qui entrent et les quantités mesurées qui sortent--on l’appelle ‘l’écart définitif’ ou ‘MUF’ (materials unaccounted for), c’est-à-dire les matériaux dont l’industriel ne peut affirmer s’ils ont été “perdus” dans l’usine, s’ils ont pu en être subtilisés, ou s’ils se trouvent mélangés aux déchets.

Les écarts définitifs pour l’uranium et le plutonium à La Hague entre 1984 et 1991 étaient 0,07 % et 0,32 % respectivement (la Cogéma n’a pas fourni de pourcentage pour 1994). Wise-Paris a calculé la valeur en chiffres absolus de ces écarts dans le cas d’un fonctionnement aux capacités nominales des usines UP2-800 et UP3, et a déterminé qu’au moins 537 kg d’uranium et 45,3 kg de plutonium restent non comptabilisés chaque année [Wise 97].

Mis à part le problème de la détermination quantitative, il y a le facteur temps. Les autorités peuvent-elles détecter une perte de matière fissile avant que des voleurs puissent fabriquer un engin nucléaire ? Après la découverte de l’éventualité d’une perte, l’AIEA mène beaucoup de recherches supplémentaires afin de vérifier cette perte avant d’annoncer un problème. Ces recherches prennent du temps. Selon l’AIEA, il ne faudrait qu’environ une à trois semaines pour convertir la poudre PuO2 en une arme [Leventhal 94].

D’ordinaire dans usine de retraitement, la “ vérification de l’inventaire physique ” du plutonium n’a lieu qu’une fois par an. Cette opération a lieu après que l’exploitant ait vidé et rincé l’usine, et rassemblé les matières nucléaires dans quelques réservoirs et appareils étalonnés et échantillonnables. Evidemment, une telle opération ne serait pas pratique de nombreuses fois par an.