La France nucléaire: matières et sites

Mary Byrd Davis

 
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 BRETAGNE

BRENNILIS (EL4, MONTS D’ARRÉE) -- à l’arrêt

Objet: production d’électricité

Type: réacteur à eau lourde

Localisation: Brennilis et Loqueffret (Finistère) au coeur du Parc naturel régional d’Armorique du Parc naturel régional d’Armorique

Exploitants: CEA et EDF

Période d’exploitation: 1967-1985

Matières premières: normalement l’oxyde d’uranium enrichi à 1,4 % ; eau lourde

Matières nucléaires: uranium, plutonium, deutérium, tritium

Capacité nominale: 70 MW électrique net

Production réelle: 6785 GWh brut

 

Selon un dépliant EDF-CEA, le site d’EL4, « la vaste dépression du Yeun », est un « lieu mythique, les Celtes y situaient les portes de l’enfer ».

EL4 était un réacteur modéré à l’eau lourde et refroidi au gaz carbonique sous pression , et était chargé de 21 t de combustible UO2 (18,5 t d’uranium). Le combustible séjournait 5 ans dans la pile et était renouvelé pendant que le réacteur était en marche. L’uranium était normalement enrichi à 1,4 % [CFDT 80]. Une partie du combustible EL4 a été retraité à l’ APM et UP1 à Marcoule, mais 50 t sont toujours en entreposage à sec de longue durée dans l’installation Cascad à Cadarache.

La centrale est en cours de démantèlement. Au cours de la première phase du démantèlement (au niveau 1) le cœur a été vidé du combustible, les piscines de refroidissement du combustible vidangées, et l’eau lourde évacuée. C’est dans l’usine d’extraction du tritium de Grenoble qu’a été séparé la plupart du tritium accumulé dans les 100 t d’eau lourde. En 2001, l’eau lourde est entreposée à Cadarache.

La deuxième phase (au niveau 2) a débuté en septembre 1997 et se poursuit en 2001. Dans le bâtiment réacteur, seuls les circuits d’eau lourde, les circuits électriques anciens et les machines de manutention des éléments combustibles devraient être démantelés. En même temps, le confinement du cœur du réacteur et les dispositifs de protection devraient être améliorés. Les autres bâtiments - le bâtiment des combustibles irradiés, la cheminée, le cimetière des déchets solides, et la station de traitement des effluents liquides - devraient être assainis et ensuite démantelés [LeMo 21.i.98]. La maîtrise d’œuvre a été confiée à un groupement constitué de la SGN, Technicatome, et du CNEPE chargé des questions de démantèlement au sein de la Direction de l’Équipement d’EDF [Reynard 98].

Pour le bâtiment réacteur, le scénario de référence était un démantèlement final (au niveau 3) une cinquantaine d’années après l’arrêt du réacteur. Cependant, le décret autorisant le CEA à créer une nouvelle INB (162) destinée à conserver EL4 dans un état intermédiaire de démantèlement, demande que le CEA soumette " une étude définissant les différentes options envisageables pour un démantèlement définitif plus rapide " [JO 8.xi.96]. Le CEA a soumis cette étude à la fin de 1999.

Fin 1999 également, le CEA et EDF ont soumis conjointement aux ministres chargés de l’industrie et de l’environnement une demande de changement d’exploitant, EDF souhaitant acquérir l’expérience du pilotage d’un démantèlement [DSIN 99].

Par décret du 19 septembre 2000, EDF a été autorisé à exploiter l’installation [Con i.01]. Suite aux conclusions de l’étude fournie par le CEA, EDF s’est engagée le 16 octobre à démanteler le site dans un délai plus rapide que celui initialement prévu, et donc de le rendre à d’autres usages dans un délai de 15 à 20 ans à compter de ce jour [Con i.01].

Dans la nuit du 12 au 13 décembre 2000, en raison de fortes pluies, le niveau de la nappe phréatique a dépassé de 20 cm le niveau le plus bas des fondations de la station de traitement des effluents, en dépit de l’utilisation de pompes. La revue Contrôle de janvier 2001 indiquait que le niveau de la nappe phréatique avait diminué " mais reste encore supérieur au niveau limite de sécurité ". La DSIN étudierait des actions correctives et préventives avant d’autoriser de nouveaux travaux d’assainissement dans les sous-sols de la station [Con iii.01].

DÉCHETS

Le décret cité ci-dessus demande à l’exploitant " de réduire le volume des déchets produits " " en veillant à les valoriser ou à les traiter chaque fois que cela sera possible, le stockage définitif devant être réservé aux déchets ultimes".

L’Andra estime qu’un démantèlement au niveau 2 entraînera la production des déchets suivants :

--" faiblement et moyennement actifs " : 180 m3 de béton avec une activité de plus de 100 Bq/g (dont 18 m3 contaminés au tritium ayant une activité de moins de 7400 Bq/g) et 230 t de ferrailles (moins de 30 000 Bq/g) ;

--" très faiblement actifs " : 1200 t de ferrailles, 700 m3 d’isolant en laine de verre, 70 t de plomb, 120 t de câbles électriques, et 500 t de gravats d’assainissement [Andra 00, p. 297].

Les inspecteurs de la DSIN " ont constaté la saturation progressive des aires d’entreposage de déchets." Par conséquent la DSIN a demandé au CEA en septembre 1999 un plan précis d’évacuation des déchets [DSIN 99]. En 2001, suite à une autorisation de la DSIN, un premier convoi de déchets TFA a quitté Brennilis à destination l’usine d’incinération de Centraco dans le Gard. Huit transports de ce type sont prévus au cours de l’année 2001. Les ferrailles iront aussi à Centraco, pour fusion. En 2001, 400 t de ferrailles devraient quitter le site [Ouest 3.29.01].

Selon P. Reynard et E. Vilars, les gravats produits par le démantèlement des bâtiments nucléaires, qui aura lieu après le démantèlement des circuits et équipement à l’intérieur de ces bâtiments, seront utilisés pour remblayer les vides sur le site [Reynard 99].

                                                                                                                       --actualisé 19/8/01