CHAMPAGNE-ARDENNES SOULAINES-CENTRE DE STOCKAGE DE L’AUBE (CSA)
Objet : stockage final de déchets dits de faible activité à vie courteType : centre de stockage de surfaceLocalisation : terrain de 95 ha entouré de forêts à une cinquantainede km à l’est de Troyes, sur Soulaines-Dhuys, Epothémont et La Ville-aux-Bois (Aube) Exploitant : AndraPériode d’exploitation : depuis 1992Matières premières : déchets dits de faible activité à vie courteMatières nucléaires : déchets contaminés en uranium, plutonium, tritium, etc .Capacité nominale : 1 million de m3 de déchets (limite alpha par m3 et limite maximale du contenu total en émetteurs alpha)Stockage réel : avril 2007, 200.000 m3 de déchetsCAPACITE La période d’exploitation est prévue pour 30 ans, mais, en raison du coût élevé de l’entreposage, les producteurs s’efforcent de réduire le volume des déchets qu’ils évacuent vers le centre. Du point de vue du volume, la période d’exploitation pourrait durer 50 ans. Par contre, on peut se demander si le centre n’atteindra pas la limite alpha autorisée avant que le volume d’un million de m3 ne soit atteint. En sept. 2000, la radioactivité des déchets stockés (compte tenu de la décroissance radioactive de ces déchets jusqu’à cette date) s’élevait à 1,20 PBq beta/gamma et 39,5 TBq alpha [Andra 00]. INFRASTRUCTURE Pour préparer le site, l’Andra a enlevé une couche d’argile et a découvert des sables. Les alvéoles simples (cases en béton) sont construites sur un radier identique à une plate-forme, constitué d’une dalle en béton armé “ posée sur les sables à -4 m environ par rapport au nivellement général du centre ” [Marque 88]. Après la mise en place des colis, les interstices sont remplis de béton ou de gravier, puis, lorsqu’un ouvrage est plein, il est recouvert d’une dalle de béton et d’un enrobage de polyuréthane. “ Des réseaux séparés de tuyauteries permettent de collecter d’une part les eaux de pluie qui proviennent des ouvrages vides, d’autre part les éventuelles eaux d’infiltration qui traverseraient les ouvrages pleins ” [Andra (95?)]. A la fin de la phase d’exploitation, l’Andra posera une couverture définitive comparable à celle du centre de stockage de la Manche (CSM). Chaque ouvrage permet de stocker en moyenne 2 200 m3 de colis [Andra (95?)]. A la fin1999, 55 ouvrages existaient, dont 42 étaient déjà remplis et fermés. Le centre dispose d’un espace suffisant pour accueillir environ 400 ouvrages [DSIN 99]. Le stockage proprement dit occupe une superficie d’une trentaine d’hectares. Les autres ouvrages comprennent un atelier de conditionnement des déchets par compactage et injection d’un coulis de ciment, un bâtiment de transit, un bassin d’orage qui recueille les eaux pluviales et, après épuration, les eaux usées du centre, ainsi qu’une structure expérimentale pour réaliser et étudier le comportement d’un échantillon de la couverture définitive. Les colis sont livrés par la route, souvent après avoir été transportés par rail jusqu’au terminal ferroviaire de Brienne le Château, à 4 km du centre [Rivasi 00; RGN vii-viii.97]. DECHETS RECEPTIONNES Le Centre d’étude sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire (CEPN) estime que 90 % des déchets proviendront de la chaîne du combustible (EDF, Cogéma, autres usines, y compris les déchets de démantèlement), et 10 % des centres de recherche, centres médicaux, et autres petits producteurs [Dreicer 95]. L’autorisation du 4 septembre 1989 fixe des limites pour différents radioéléments, afin d’assurer, du point de vue de l’administration, que le centre pourra entrer en phase de banalisation 300 ans après la fin de l’exploitation. Des limites à la date d’entrée des colis sur le site sont fixées pour le cobalt 60 (400 000 TBq), le strontium 90 (40 000 TBq), le césium 137 (200 000 TBq), le nickel 63 (40 000 TBq), et le tritium (4 000 TBq) ; à la fin de la phase d’exploitation, pour des émetteurs alpha (750 TBq). [La capacité radiologique pour les autres radioéléments est laissée à l’approbation des ministres.] En 1999, la DSIN a autorisé l’Andra à recevoir au Centre une quantité limitée de chlore 36, un radionucléide à vie longue. L’autorisation permettra au Centre de stocker des colis de chemises de graphite irradiées à la centrale UNGG du Bugey, qui posaient un problème de sûreté sur le site de Bugey. Les chemises de graphite sont conditionnées dans des cases injectées de béton. Les quatre premières cases ont été reçues en avril 2000 [DSIN 00, p. 189]. Ce sont les producteurs qui certifient le contenu de leurs colis. L’Andra procède à des contrôles non-destructifs ou destructifs sur des échantillons de colis. En 1995 la DSIN a fixé dans la RFS III.2e, les exigences relatives à l’agrément des colis de déchets radioactifs destinés au stockage sur un centre de surface. En 1999 et 2000 la DSIN a vérifié au cours d’inspections les conditions de l’application de cette règle. Les résultats de ces inspections ont conduit la DSIN a formuler de nouvelles demandes à l’Andra et aux producteurs de déchets [DSIN 00]. DECHETS PRODUITS L’article 2.2 du décret de 4 septembre 1989, autorisant la création du centre, déclare que “ L’installation sera conçue, réalisée et exploitée pour ne pas rejeter d’effluents radioactifs liquides ou gazeux pendant les phases d’exploitation et de surveillance. ” Néanmoins, le centre produit bien des rejets. Effluents Liquides L’article 7.2 du décret précise : “ L’installation n’est pas autorisée à rejeter des effluents radioactifs liquides. Les modalités de contrôle du respect effectif de cette clause seront définies par le service central de protection contre les rayonnements ionisants du ministère chargé de la santé. ” “ Les éventuelles eaux d'infiltration au travers des ouvrages seront collectées à la base de ceux-ci . . . Si ces eaux s'avéraient contaminées, elles seraient dirigées vers l’atelier de conditionnement complémentaire pour être incorporées dans les déchets ou, à titre exceptionnel, évacuées hors de l’installation pour être traitées dans un établissement autorisé ” [JO 6.ix.89]. Le SCPRI a défini une règle [édicté can only go with ‘une loi’, I suppose it’s regulation but not official law. If a law, you could say ‘a édicté une loi selon laquelle...]en juillet 1991 selon laquelle les eaux recueillies dans les réservoirs de stockage peuvent être rejetées, à condition que l’analyse confirme que l’activité volumique ajoutée après dilution dans le bassin des eaux pluviales est inférieure à 400 Bq/l pour le tritium, 0,8 Bq/l pour l’ensemble des radioéléments autres que le tritium et le potassium 40, et 0,8 milliBq/l pour les émetteurs alpha. L’Andra déclare que les limites sont toujours respectées [GSIEN i.00]. Effluents gazeux L’article 7.3, “ Protection contre le risque de dissémination dans l’air de substances radioactives, ” requiert que le centre purifie l’air susceptible d’être contaminé “ à travers des filtres à très haute efficacité et contrôle en permanence ” [JO 6.ix.89]. Selon l’Andra, le Centre ne rejette en quantités qui peuvent être mesurées que l’iode 125, l’iode 131, l’eau tritiée, et le tritium gazeux. Les rejets de tritium sont les plus importants. En 1995, les rejets comprenaient 4.0 GBq/an d’eau tritiée, et 120 GBq/an de tritium gazeux; en 1998, 1,3 GBq/an d’eau tritiée et 1,2 GBq/an de tritium gazeux. [Rivasi 00]. L’Atelier de conditionnement des déchets est la source principale des rejets gazeux. Le dossier de demande de mise en service de l’ACD en 1992 a évalué les effluents susceptibles d’être produits. Selon l’Andra, la DSIN a considéré que ces effluents “ étaient si faibles qu’ils ne paraissaient pas être en rapport avec les rejets habituellement soumis à autorisation ” [Cité dans GSIEN i.00]. La Demande d’autorisation de rejets Dans le cadre du décret du 4 mai 1995, l’Andra a déposé en décembre 1997 une demande d’autorisation de rejets d’effluents [DSIN 97]. Mme Rivasi fait remarquer que “ l’Andra ne sollicite pas d’autorisation de rejet d’effluents radioactifs liquides mais seulement d’eaux de collecte susceptibles de modifier le régime des eaux ” [Rivasi 00]. L’Andra ne sollicite pas non plus d’autorisation de rejets d’effluents radioactifs gazeux [Rivasi 00]. L’Andra considère que les rejets et leur impact dosimétrique ne sont pas assez importants pour nécessiter une autorisation de rejets d’effluents liquides et gazeux [Gaze i.00]. Déchets solides L’Atelier de conditionnement produit des déchets de catégorie C dont l’activité est trop importante pour qu’ils soient stockés définitivement sur place, et qui, on peut le supposer, sont conditionnés et stockés temporairement sur le site. PROBLEMES Risque de contamination du bassin parisien Selon l’Andra, “ la géologie et l’hydrogéologie [du site] sont simples. Le stockage est construit sur une couche de sable qui draine entièrement les eaux vers un exutoire unique, la rivière des “ Noues d’Amance ”. Il est ainsi facile de contrôler ces eaux. La couche de sable et le lit de la rivière reposent sur une couche d’argile épaisse d’une trentaine de mètres qui protège les nappes d’eau souterraine plus profondes ” [Andra (95?)]. Néanmoins, une étude par Jean-Louis Kaelin publiée par l’Andra, constate : “ Le système naturel possède outre l’exutoire des Noues d’Amance, un débit de fuite le long de l’aquifère vers le centre du bassin parisien ” de 10 l/s soit 864 m3/j [Kaelin 90]. Le rapport provisoire de sûreté réitère cette constatation en précisant que cela “ est déduit de l’allure de la piézométrie régionale ” [Godinot 95]. “ L’exutoire des eaux infiltrées qui passent ou passeront au milieu des ouvrages de stockage n’est pas le ruisseau mais la nappe alluviale de ce ruisseau. A l’aplomb du ruisseau, la base du niveau d’écoulement est quelques mètres sous [la surface du sol et sous] le lit du ruisseau. ” Cette nappe phréatique alluviale “ est, sur une longueur de 1 km, posée sur la couche de sable qui plonge vers le centre du bassin parisien ” [Kaelin 90]. On imagine que c’est par là que sont perdus sous terre les 860 m3/j dont parle l’étude éditée par l’Andra [Godinot 95]. L’eau au-dessous du site Des sources existaient sur et autour du site de stockage. Les ouvrages sont construits en dessous du niveau du sol. Libération-Champagne publiait, le 1er mars 1988, un article relatant un coup de fil anonyme qui annonçait une “ montée de la nappe phréatique (Š) supérieure à la hauteur prévue ” et notait que des travaux “ont permis la pose de drains qui permettront d’abaisser le niveau de la nappe phréatique, ce qui autorise aujourd’hui les gens du BRGM à affirmer qu’il ne pourra pas y avoir de problème en phase d’exploitation ”. Qu’en sera-t-il après la phase d’exploitation ? L’activité à la fin de la période de banalisation Au début de la phase de surveillance, l’activité sera encore importante. L’activité alpha sera proche des 750 TBq pour 1 million de mètres cubes (370 MBq/t soit 370 000 Bq/kg). Les radioéléments dont les périodes sont d’environ 30 ans (30 ans pour le césium-137 et 28,1 ans pour le strontium-90) auront environ le millième de leur activité initiale. Le centre stockera 200 000 TBq de césium-137 (émetteur gamma) au début de la phase de surveillance ; au bout de 300 ans, son activité sera retombée à 200 TBq. Les radioéléments dont les périodes sont plus longues auront encore à la fin de la phase de surveillance un plus grand pourcentage de leur activité initiale que le césium-137 [CEAP 90]. L’impact radiologique pendant la phase de banalisation Par l’eau. Le rapport provisoire de sûreté, daté de janvier 1991 et juin 1992, estime la dose à 30 mSv/an pour une personne qui creuserait un puits à l’aplomb du centre, et consommerait exclusivement cette eau. D’après M. Godinot, qui critique ces valeurs, l’Andra a expliqué qu’il s’agissait d’un des " scénarios accidentels " et que l’impact radiologique était estimé à 30 mSv/an principalement en raison de la présence d’iode 129. Cette valeur étant trop élevée par rapport aux normes prescrites, la DSIN a demandé à l’Andra de diminuer d’un facteur 10 la quantité de déchets contenant cet isotope. Réponse de M. Godinot : l’Andra n’a pas le droit de dire qu’une personne qui " prendra[it] son eau dans ces sables, meilleur aquifère de la région " se trouverait en situation " accidentelle ", et il a précisé qu’une réduction d’un facteur 10 n’éliminerait pas le danger.Par irradiation externe. La dose serait de 2,8 mSv/an pour les habitants de pavillons calmes sans travaux situés sur le site; 2 mSv en 2 mois pour les ouvriers d’un chantier routier. Par retour de la radioactivité via l'interface terre-racines (légumes, céréales). La règle fondamentale de sûreté n’en parle pas, et l’Andra ne tient pas compte de cette voie. Dans ses scénarios, les familles cultivent leurs légumes loin du site [Godinot 95]. Mme Rivasi cite des calculs de l’Andra pour les impacts radiologiques des différents scénarios en phase d’abandon du site. Ils comprennent un impact de 1,2 mSv/an pour " résidence (adultes) " et 1,9 mSv/an pour " résidence et jeu d’enfants (enfants)." Elle constate qu’ " en réalité, le fait même que l’impact dépasse 1 mSv/an dans plusieurs cas suffit à impliquer qu’il ne peut y avoir de banalisation du site et qu’une surveillance restera indispensable " [Rivasi 00]. Copyright © 2001-2007 Yggdrasil |