La France nucléaire: matières et sites

Mary Byrd Davis

 
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ILE-DE-FRANCE - GRANDE COURONNE

CENTRE DAM--ILE DE FRANCE, CENTRE D’ETUDES DE BRUYERES-LE-CHATEL (BEG OU B-III)

Objet/type : centre de recherche et développement

Localisation : terrain de 36 ha à Bruyères-le-Châtel et Morionville (Essonne) à 31 km au sud, sud-ouest de Paris

Exploitant : Direction des applications militaires (Dam)

Période d’exploitation : depuis 1956

Matières manipulées : uranium, plutonium, tritium, deutérium, lithium

 

 

I. Activités

II. Installations

III. Déchets solides

IV. Rejets gazeux

V. Rejets liquides

VI. Résultats de la surveillance radiologique

VIII. Recommandations

I. ACTIVITES

Le Bureau d’études générales du CEA, chargé de développer un programme nucléaire militaire, a choisi le site de Bruyères pour construire ses laboratoires. C’est dans ce centre que la Direction des applications militaires du CEA a coulé du plutonium pour la première fois, le 15 juin 1959 et c’est également là qu’a été fabriqué le coeur de l’engin qui a explosé au Sahara le 13 février 1960 [DAM 88]. Le centre aurait fabriqué au total plus de 90% des engins nucléaires expérimentés au Sahara et dans le Pacifique [HC 98].

Au cours des dernières années B-III était axé sur la recherche, et ne fabriquait probablement plus d’engins nucléaires destinés à être testés à Mururoa. Les domaines d’activité ayant un rapport direct à l’objet de ce guide comprenaient les études sur les matériaux, en particulier nucléaires, et son rôle dans les essais nucléaires. Le centre disposait de laboratoires de métallurgie et de chimie qui définissaient et caractérisaient les matériaux utilisés dans les engins expérimentés. B-III préparait l’instrumentation destinée aux essais nucléaires, et analysait les échantillons de matière radioactive prélevés après les tirs sur les sites.

En 1988, Bruyères gérait le stock d’uranium-238 pour tous les centres de la Dam. Cogéma approvisionnait Bruyères directement en uranium, ou par l’intermédiaire de la Sicn. B-III alimentait ensuite les autres centres de la Dam ainsi que Cerca et Sicn. B-III s’occupait également des résidus [Ambolet 88].

Aujourd'hui le rôle de Bruyères-le-Châtel a changé. Une restructuration de la Dam a été décidée en 1996, suite à l’arrêt des essais nucléaires dans le Pacifique, et en raison d’une volonté de transférer les activités les plus dangereuses liées aux matières radioactives loin des régions urbaines.. Le CEA a petit à petit transféré ses activités orientées vers la technologies des matériaux de Bruyères-le-Châtel au CEA/Valduc, en ce qui concerne les matières nucléaires, et au CEA/Ripault, pour les autres matériaux [HC 98]. Christian Bataille a constaté en 1997, Bruyères-le-Châtel (maintenant le Centre Dam--Ile de France) ne gardera que des laboratoires de recherche fondamentale et des bureaux administratifs [Bataille 97].  De plus il est équipé d'ordinateurs puissants.  

Le Centre Dam-- Ile de France a reçu du personnel provenant des centres de la Dam de Vaujours et Limeil, qui ont tous deux été fermés.  Le Polygone d'expérimentation de Moronvilliers, autrefois une partie du Centre d'Etudes de Vaujours-Moronvilliers, est rattaché actuellement  au Centre-- Ile de France.

Si ou non le centre manipule actuellement des matières nucléaires n’est pas vraiment clair. Le CEA, dans son rapport annuel de 1997, affirmait qu’il allait regrouper "en un seul centre de la région parisienne (Bruyères-le-Châtel, BIII), les activités scientifiques à la base de la conception des charges nucléaires" . D’autre part, un rapport du CEA sur la contamination de Bruyères-le-Châtel et de trois autres sites fait remarquer que " les activités nucléaires intéressant la défense [à Bruyères-le-Châtel] ont pris fin en 1997." [HC 98]. 

En 2004, selon le site Web du CEA/Dam, le Centre Dam—Ile de France travaille dans trois domaines:

              --le programme “Simulation.”  Le centre a en charge la plus grande partie du programme: depuis les etudes de physique de base en passant par la modélisation numérique pour simuler le fonctionnement de l’engin nucléaire complet, jusqu’à la conception et la réalisation d’expériences “par parties” mais sans matières nucléaires à Moronvilliers et au CEA/Cesta.  

            --les sciences de la terre et de l’environnement.  Le center est agent executive de la France pour les actions techniques à mener dans le cadre du Traité d’Interdiction Complète des Essais Nucléaires (TICE); et fournit un soutien important pour le suivi de la non prolifération nucléaire. Le Département d’analyse et de surveillance de l’environnement (Dase) au centre exploite un réseau de surveillance sismique, qui informe les autorités des tremblements de terre se produisant en France. Il est aussi en charge des stations sismiques en France qui appartiennent au réseau de surveillance pour le  [défi x.99].

--la maîtrise de l’environnement: L’expertise du centre contribue à la construction des grands projets comme le Laser Mégajoule and pour l’assainissement et le démantèlement d’installations comme l’usine d’enrichissement de Cogéma  à Pierrelatte et les installations de production de plutonium de Marcoule.

                                                                                             --actualisé le 17 mai 2004

II. INSTALLATIONS

IIA. Les installations susceptibles de provoquer une contamination

Le nouveau rôle de B-III comprend l’assainissement et le démantèlement de bâtiments, et l’évacuation de la plupart des équipements, soit pour l’essentiel les boîtes à gants et une fonderie. " Certains équipements resteront en place en réserve, au cas où des problèmes se produiraient dans l’une des chaînes de production ou de retraitement à Valduc. Selon toute probabilité, ces zones ne seront pas décontaminées, mais resteront dans l’état " [Bataille 97]. Une liste des " principales sources de contamination potentielles " sur le site, éditée en 1998, comprend les installations suivantes :

II.A. 1. LE BÂTIMENT " CHIMIE "

Ce bâtiment comporte des laboratoires " chauds ", où l’on manipule du plutonium, du tritium et de l’hydrure de lithium. Les rejets gazeux de ce bâtiment étaient les seuls rejets présentant, en condition normale de fonctionnement, une radioactivité liée au tritium. Les rejets étaient effectués par deux cheminées, chacune d’elle étant capable d’évacuer un débit d’air de 55 000 m3/h. Ce bâtiment, en cours d’assainissement, sera démantelé au niveau 2 de la nomenclature AIEA. Certaines parties démontables du bâtiment seront enlevées et la zone de confinement sera réduite à son minimum.

II.A. 2 LE BÂTIMENT " LABORATOIRES CHAUDS "

Dans ce bâtiment sont utilisés du plutonium, de l’uranium, du tritium et du béryllium. Les effluents gazeux ne présentent pas de contamination radioactive en fonctionnement normal, mais on ne peut pas exclure que des fuites de tritium occasionnelles aient pu se produire dans le passé. Ce bâtiment, en cours d’assainissement, sera maintenu sous surveillance sans être démantelé.

II.A.3. LE BÂTIMENT " RADIOCHIMIE "

Il s’agit d’un bâtiment où l’on utilise divers radionucléides : produits de fission et des transuraniens. Les rejets gazeux ne présentent qu’une " très faible " contamination en fonctionnement normal, principalement due aux gaz de fission (halogènes). Ce bâtiment est en cours de démantèlement au niveau 2 de la nomenclature AIEA.

II.A.4. LE BÂTIMENT D’ENTREPOSAGE DE DÉCHETS

Ce bâtiment est destiné à l’entreposage des déchets solides contenant du plutonium et du tritium conditionnés en fûts. Selon l’inventaire de l’Andra pour 1999, on y trouverait 96 m3 de déchets alpha en attente d’évacuation vers l’Andra ou à Cadarache (soit 1 TBq) ; et 26 m3 de déchets tritiés en attente d’évacuation vers Valduc (soit 150 TBq). Ce bâtiment est maintenu en activité. Il semble qu'on retrouve ce bâtiment dans l'inventaire de l'Andra pour 2000 sous l'appellation " Bâtiment d’entreposage des colis de déchets conditionnés en attente d’expédition ".

II.A.5. LE LABORATOIRE DE RADIOTOXICOLOGIE EXPÉRIMENTALE

Les activités de ce laboratoire utilisent des éléments transuraniens, des produits d’activation et de fission, ainsi que des molécules marquées essentiellement par du tritium et du carbone 14. Ce bâtiment, dont les activités sont en grande partie à finalité civile, est maintenu en fonctionnement.

II.A.6. L’ATELIER DE FONDERIE ET D’USINAGE D’URANIUM NATUREL

Cet atelier servait à fabriquer des pièces d’uranium naturel usinées. Il a été totalement démantelé pour faire place à un centre de calcul. En 1998, aucune information détaillée n’avait été fournie quant à la radioactivité des terrains après assainissement.

II.A.7. DES DISPOSITIFS EXPÉRIMENTAUX DE PHYSIQUE NUCLÉAIRE

Il s’agit d’équipements comportant deux accélérateurs de particules, qui peuvent présenter occasionnellement une " légère contamination ", en particulier en tritium.

Il s’agit d’équipements comportant deux accélérateurs de particules, qui peuvent présenter occasionnellement une " légère contamination ", en particulier en tritium.

II.A.8. LE BÂTIMENT D’ENTREPOSAGE DE DÉCHETS DE TRÈS FAIBLE ACTIVITÉ ET DE DÉCHETS BANALS

Ce bâtiment abrite notamment 700 fûts contenant au total 26 kg d’uranium appauvri [HC 98]. Dans l’inventaire de l’Andra pour 2000 il semble apparaître comme " Bâtiment d’entreposage des déchets solides " semble-t-il. En 2000, ce bâtiment recevait encore des déchets contenant de l’uranium appauvri et d’autres déchets TFA.

II.B. Le Centre de Calcul

En 1997, le CEA a créé un Centre de Calcul à Bruyères-le-Châtel avec un ordinateur Cray T90. Les ordinateurs installés au Centre de Limeil-Valenton ont été, après sa fermeture, transférés à Bruyères-le-Châtel en 1999 [CDRPC Obsan #1]. Toutefois, le CEA semble avoir besoin de machines plus performantes pour son futur programme de simulation des essais nucléaires.

Le CEA a acquis un supercalculateur de la société américaine Compaq.  Ce supercalculateur, dénommé Téra, est doté de 2 560 processeurs fonctionnant en parallèle. La puissance maximale est de 5 téraflops; la puissance soutenue est de 1,3 téraflops, atteinte grâce à un réseau d’interconnexions. Le CEA prévoit de remplacer le parc de machines complètement à deux reprises.  "Gràce à des ordinateurs de nouvelle génération en nombre croissant, Téra atteindra dès 2009 la puissance de 500 Tflops"  [défi v-vi.02].

Le CEA a construit une extension du Centre de Calcul à l’ouest du Centre. Cette extension permet d’héberger les moyens de simulation et de stockage des informations. Le bâtiment est enseveli et relié au Centre de Calcul par deux galéries indépendantes [CEAInter ix.99]. Téra se trouve à 9 m sous terre "pour se prémunir des émissions électromagnétiques" [défi v-vi.02].  Quatre centres de la Dam ont la possibilité d’utiliser les ordinateurs de Bruyères-le-Châtel par le biais de liens électroniques.

                                                                                                 --actualisé le 15 mai 2004

II. DECHETS SOLIDES

Selon le CEA, les déchets solides à Bruyères-le-Châtel sont principalement des déchets technologiques et des déchets issus de démantèlements. Ils sont essentiellement contaminés par des émetteurs alpha et des produits de fission, notamment par du tritium. De plus, dans le passé, le centre a eu à entreposer ou stocker des échantillons hautement radioactifs provenant des essais nucléaires.

Par le passé, au moins une partie des déchets restaient au centre. En 1991, Bruyères " a entamé une opération de reconditionnement [et d’expédition] de ses déchets anciens ". Aujourd’hui, B-III évacue les déchets selon le schéma suivant :

- au centre de stockage de l’Andra dans l’Aube pour stockage : pour ce qui concerne les déchets dits de faible activité, catégorie A ;

- à Cadarache pour entreposage provisoire : pour les déchets non acceptés au centre de l’Aube; catégorie B ;

- à Valduc pour traitement : " produits retraitables, riches en matières nucléaires " et pour entreposage temporaire de déchets tritiés [CEAD 97].

Ce système ne prend pas en compte les échantillons hautement radioactifs issus des essais nucléaires.

En 1998, B-III avait la charge de la gestion du stock de résidus de l’uranium naturel et appauvri de la Dam. Il est probable que cette fonction ait été transférée à Valduc actuellement. B-III évacuait vers Annecy 1) les résidus d’uranium naturel et appauvri exempts d’huile destinés au grillage en étuve, 2) certains résidus ne pouvant être grillés, pour refonte, et 3) des copeaux d’uranium appauvri pour compactage. Il acheminait d’anciens résidus couverts d’huile vers un autre site, probablement le polygone de Moronvilliers, pour les brûler en plein air. Les alliages riches en uranium, en dehors des alliages de niobium ou de molybdène, pourraient être dissous dans l’acide à Malvési [Ambolet 88].

En 1978, les déchets considérés comme " faiblement " contaminés furent évacués par la Sita, une entreprise de gestion des déchets ménagers. Pendant une réunion du CHS B-III, le 28 juin 1978, il était " précisé que seuls les déchets en provenance des laboratoires chauds sont normalement contrôlés par le SPR. Pour les autres, le contrôle est beaucoup plus difficile et pourrait n’être que ponctuel. Il est à noter cependant que tous les déchets pris par la SITA sont livrés à la TIRA et brûlés comme des ordures ménagères ordinaires. En aucun cas ils ne sont mis à la décharge publique ". Selon M. Bataille, les déchets que l’on nomme " très faiblement " contaminés sont actuellement entreposés dans le centre, par manque de sites d’évacuation [Bataille 97].

IV. REJETS GAZEUX

Le Journal officiel du 12 mai 1995 a publié une autorisation de rejets radioactifs :

" L’activité annuelle des effluents radioactifs gazeux ne doit pas dépasser 1 850 térabecquerels (50 kilocuries) pour le tritium. Ces rejets ne doivent en aucun cas ajouter de radioéléments émetteurs alpha ni d’activités provenant d’halogènes gazeux ou d’aérosols à l’environnement."

Les rejets de tritium, le contaminant gazeux de loin le plus important, ont culminé à un niveau record en 1973 avec 26 PBq (soit 700 000 Ci). Pour 1997, la radioactivité cumulée des rejets gazeux en tritium se chiffrait à 300 TBq (soit 8 000 Ci). Des rejets de tritium accidentels se sont produits fréquemment, le rejet unique le plus important ayant été relevé en 1976, avec 1,17 E + 15 Bq (31 500 Ci) [HC 98].

Le 15 octobre 1986, le centre a rejeté 259 TBq de tritium dans le cadre d’un programme de la Communauté européenne sur les réacteurs à fusion [LeMo 13.v.87].

V. REJETS LIQUIDES

V.A. Autorisation

Selon l’autorisation de rejets liquides radioactifs publiée dans le Journal Officiel le 12 mai 1995, " l’activité volumique ajoutée, calculée après dilution totale dans les eaux de la Rémarde, ne doit pas dépasser, en valeur moyenne quotidienne " :

- 20 Bq (0,5 nanocurie)/l pour le tritium

- 19 mBq (0,3 picocurie)/l pour l’ensemble des radioéléments autres que le tritium ;

- 1 mBq (0,03 picocurie)/l pour les émetteurs alpha.

V.B. Traitement et rejets

La Rémarde, un affluent de l’Orge, touche au sud le plateau sur lequel est situé le site de Bruyères-le-Châtel. Le ruisseau, le Grand Rué, qui prend sa source à la limite sud du site, se jette dans la Rémarde. Le Grand Rué était une source intermittente avant que ne soit construit le centre, et est pour l’essentiel alimenté par l’eau provenant du centre [HC 98].

Les effluents radioactifs issus des procédés mis en oeuvre dans les installations nucléaires, sont évacués par camion vers des centres de traitement spécialisés. Jusqu’en 1995, ils ont été évacués vers Saclay, puis vers Cadarache depuis cette date. Le besoin de changer de site d’évacuation s’explique par les procédés mis en place pour réduire le volume des effluents radioactifs liquides, qui ont abouti à une augmentation de leur activité volumique, nécessitant par conséquent un traitement spécial à Cadarache.

Les effluent liquides rejetés par le centre sont constitués par:

- des effluents de nature chimique banale et dont la radioactivité est " inférieure en général aux limites de rejet pour les populations ". Ils sont envoyés vers une station " Degremont " de traitement physico-chimique par floculation complété, si nécessaire, par un traitement spécialisé ;

- " des eaux vannes " épurées par traitement biologique, et ensuite envoyées à la station " Degremont ";

- eaux de pluies et eaux usées non radioactives, rejetées directement dans l’environnement.

Ces trois types de liquides sont rejetés dans le Grand Rué, et par conséquent dans la Rémarde, après contrôle radiologique [HC 98].

V.C. Les eaux souterrain

Le rapport de 1998 du groupe de travail sur la contamination des INBSs relève un incident de contamination des sols par liquide radioactif : la rupture d’une canalisation d’eau dans une boîte à gants, le 28 décembre 1978, dans le bâtiment " Radiochimie ". L’eau contenue dans le tuyau contenait de l’américium. Le CEA affirme que la radioactivité est restée retenue sur le site, les mesures de radioactivité dans les eaux souterraines réalisées en " aval " de l’incident n’ayant jamais révélé une contamination ayant pu en résulter [HC 98].

Le tritium rejeté par le centre a entraîné une contamination des les eaux de pluies (voir ci-dessous) et par voie de conséquence, aussi de l’eau des rivières et des eaux souterraines. C’est pourquoi, en 1996, le Haut Commissaire à l’énergie atomique a demandé à ce que l’on procède à une étude des modalités de transfert du tritium dans l’environnement du centre d’études ainsi qu’à un suivi précis de l’évolution du tritium dans l’environnement, suite à l’arrêt des " activités nucléaires intéressant la défense " [HC 98].

Une éventuelle contamination issue du centre et qui atteindrait la nappe phréatique se ferait par l’une des voies de transfert suivantes :

- la contamination s’infiltre directement vers la nappe phréatique : celle des sables de Fontainebleau et, immédiatement en dessous des sables, celle du calcaire marneux de la Brie. Une petite partie de l’eau pourrait pénétrer la marne, généralement imperméable, et atteindre la nappe inférieure;

-contamination du Grand Rué. Une dissémination significative de la contamination des eaux du Grand Rué dans les formations aquifères rencontrées le long du lit de ce ruisseau ne serait envisageable que dans l’hypothèse d’une inversion du sens d’écoulement de la nappe, par exemple du fait des pompages proches.

-contamination de la nappe souterraine profonde du Néocomien, qui est exploitée par un forage géothermique profond de 750 m sert à fournir l’eau de chauffage et de boisson pour le centre. Une analyse de l’eau de la nappe du Néocomien présentée par l’exploitant, lors d’une réunion en 1998, donnait une radioactivité allant de 0,15 à 0,20 Bq/l, une radioactivité beta de 0,5 Bq/l, et une activité du tritium de moins de 0,2 Bq/l. L’exploitant du centre a indiqué en 1998 qu’il envisageait de confirmer par des analyses radiométriques complémentaires l’origine naturelle de l’activité alpha et beta globales de l’eau de ce forage. Ce forage géothermique n’est exploité que par pompage, sans réinjection des eaux prélevées dans la nappe. Le Néocomien représente une réserve d’eau potable stratégique pour Paris, et n’est pas habituellement exploité [HC 98].

Le niveau des aquifères sous-jacents situés sous le centre B-III pourrait subir des infiltrations de pollution provenant de la nappe phréatique supérieure. Une carte hydrographique indique qu’en février 1964, la nappe était à 1,07 m au-dessous la surface de la terre. Pendant cette période " des argiles fines et des sables (sables de Fontainebleau expliqu[ait] l’état des sols en partie gorgés d’eau et leur tendance à basculer (des contrôles permanents y [étaient] effectués) " [Robert 70-71]. En 1993, la nappe phréatique se trouvait, selon un officiel de la BRGM à Paris, à un niveau bien plus bas. Pourtant, l’édition de 1991 de la Présentation Générale de la Sûreté de l’Etablissement indique que l’aquifère correspondant aux sables de Fontainebleau et aux marnes calcaires de la Brie " se trouve sous les fondations d’une partie des bâtiments du centre (au sud-sud-est) " [citation tirée de HC 98].

VI. RESULTATS DE LA SURVEILLANCE RADIOLOGIQUE EFFECTUEE PAR LA DAM

VI.A. Dans l’air

Des échantillons ont été prélevés sur le toit des bâtiments du site. L’activité alpha était de l’ordre de 0,1 mBq/m3 en 1990. Entre 1995 et 1997, la radioactivité a augmenté d’un facteur deux. Le groupe de travail du CEA sur la contamination du site a fait remarquer que si la tendance se poursuivait en 1998, cela nécessiterait d’en rechercher la cause. L’activité bêta et gamma aurait été relevée comme faisant partie du " bruit de fond naturel ". L’activité du tritium était de 200 Bq/m3 au maximum sur le site. A trois kilomètres " sous le vent ", le niveau était en 1998 de quelques dixièmes de Bq/m3 [HC 98].

VI.B. Eaux de pluie

Entre 1982 et 1989, l’activité moyenne annuelle en tritium de l’eau de pluie a varié entre 100 et 380 Bq/l, mais les moyennes mensuelles pouvaient dépasser 1000 Bq/l. Nous n’avons pas de données plus récentes.

VI.C. Rivières

L’activité en tritium du Grand Rué était de 80 à 410 Bq/l, avec une moyenne de 200 Bq/l entre 1982 et 1997. Elle connut une augmentation de 80 à 100 Bq/ l entre 1995 et 1997. L’activité alpha était de 0,08 à 0,18 Bq/l entre 1982 et 1997, et l’activité beta et gamma de 0,4 à 0,6 Bq/l. L’activité en tritium de la Rémarde en aval du confluent avec le Grand Rué était de 6 à 70 Bq/l entre 1982 et 1997. L’activité alpha entre 1982 et 1997 était de 0,03 et 0,09 Bq/l et l’activité bêta et gamma de 0,2 à 0,3 Bq/l.

VI.D. Eaux de la nappe superficielle (sables de Fontainebleau et calcaires de la Brie)

En 1989, l’activité volumétrique du tritium se trouvant directement en dessous du centre était en général comprise entre 300 et 600 Bq/l, avec un maximum de 3700 Bq/l sur le piézomètre 3 (en 1979, le piézomètre 3 avait été mesuré à 10 000 Bq/l). A Ollainville, à un kilomètre au sud du centre, l’eau souterraine contenait 600 Bq/ l en 1998. Entre 1994 et 1997, le niveau de tritium présent dans l’eau souterraine située sous le centre augmenta de façon significative - d’un facteur de trois au piézomètre P7 au sud du centre. En 1997, aucune raison n’avait été déterminée pour expliquer cette augmentation. [HC 98]

VI.E. Végétaux

En 1996, l’activité massique moyenne en tritium (dans l’eau tritiée) trouvée sur l’herbe a varié entre plusieurs Bq/kg frais et 2000 Bq/kg frais, avec un moyenne de 150 Bq/kg frais.

L’activité en tritium trouvée dans trois échantillons de feuilles en 1989 sur le centre était de quelque 1000 Bq/kg frais. Une carte montre une zone de 60 km2 dans laquelle une activité en termes de tritium organique des feuilles (tritium organiquement lié) est supérieur à 2 Bq/g d’hydrogène. Le CEA de Bruyères-le-Châtel a récemment établi une cartographie régionale du tritium mesuré dans l’eau de combustion de feuilles de chênes. Cela démontre que les zones de marquage en tritium des centres de Bruyères le Châtel et de Saclay se recoupent. Dans les environs de Saclay, on a trouvé des niveaux de l’ordre de 300 Bq/l. A proximité de B-III le niveau était de l’ordre de 1000 Bq/l. Une zone de taille assez importante, englobant Cen Saclay et B-III serait à un niveau de 100 Bq/l.

VII. TOXIQUES CHIMIQUES

La PGSE mentionne, entre autres choses, «l’utilisation d’hydrure de lithium avec le brûlage en plein air de déchets de lithium dans les années 1970 ».

Le centre addresse à la préfecture un « compte rendu mensuel du contrôle chimique du centre et de ses abords ». Ces rapports « ne concernent pas les principaux toxiques chimiques (en particulier les métaux lourds) dont la liste est incluse dans le décret no. 89-3 du 3 janvier 1989 relatif aux eaux destinées à la consommation humaine. »

VIII. RECOMMANDATIONS

Le Groupe de travail sur la contamination radioactive et chimique des sites INBS a pris note des études en course concernant le site, qui permettraient « de décider, en particulier, du nombre de piézomètres supplémentaires évenetuellement nécessaires. » Néanmoins , « Bien qu’il n’y ait pas lieu de soupçonner a priori l’existence de contaminations accidentelles significatives d’origine radiochimique ou chimique », le Groupe suggère les études suivantes :

--« contrôle systématique de la contamination radioactive des sols à l’intérieur de l’INBS » ;

--analyse des teneurs, dans les rejets liquides, des substances toxiques citées dans le décret no. 89-3 (voir au-dessus) ;

--« délimitation cartographique des zones d’isoactivité en tritium des nappes phréatiques » [HC 98].

                                                                                                                                   --actualisé 18/8/01