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La France nucléaire: matières et sites Mary Byrd Davis |
LE BOUCHET: L’HISTOIRE
LES PREMIÈRES INSTALLATIONS
En 1948, 8 t d’oxyde d’uranium et 9 t d’uranate de soude d’origine belge ont été épurées pour produire le combustible UO2 de Zoé. En novembre 1949, le CEA a réussi à extraire le premier milligramme de plutonium français.
De 1949 jusqu’à fin 1956 environ, Le Bouchet a réceptionné du minerai d’uranium de haute qualité (2-10 % ou plus en uranium) pour effectuer la concentration et le raffinage [Goldschmidt 56 ; Decrop 58]. Après 1956 le CEA a exploité le minerai moins riche et, en conséquence, des usines de traitement
ont été construites près des mines. Depuis le début 1958 le Bouchet ne réceptionnait guère de minerai brut. A raison de 10-20 t/j de minerai, le Bouchet a traité environ 9 500 t de minerai au total, si tous les résidus se trouvent aujourd’hui, comme Cogéma et l’Andra l’indiquent, à Bessines.
Les déchets provenant de la concentration et du raffinement se trouvent aujourd’hui, selon l’Andra, à Bessines, zone Sepa (minerai non-traité) ; à Brugeaud et à Lavaugrasse (résidus de traitement) ; et à l’annexe du Bouchet (stériles).
L’USINE DE PRODUCTION D’URANIUM
Le Bouchet a produit sa première tonne d’uranium métal en 1949.
La capacité de production a augmenté jusqu’à 1958. En 1958 la capacité s’est stabilisée à 500 t/an [Decrop 58].
Le Bouchet a produit plus de 4 000 t d’uranium métal naturel, notamment pour les réacteurs de recherche et les réacteurs UNGG. En 1969 et 1970 l’usine a produit au total 159 t d’uranium métal appauvri, vraisemblablement du nitrate d’uranyle provenant de La Hague. L’usine a également fabriqué des produits "demi-finis", y compris l’UF4 pour la conversion en UF6 à Pierrelatte.
De plus, l’atelier récupération et l’atelier grillage ont retraité des déchets provenant d’autres établissements y compris des usines d’Annecy et de Romans aussi bien que du site du Bouchet lui-même.
Le déchets de l’usine comprenaient :
‹ Effluents atmosphériques. Les plus importants étaient vraisemblablement les particules d’oxyde d’uranium provenant du grillage en plein air.
‹ Effluents liquides. L’effluent principal était la solution en provenance de l’atelier de purification dans la chaîne de raffinage de l’uranium. L’effluent était traité et, contenant encore un peu d’uranium et les impuretés provenant des concentrés, était transporté comme une boue au bassin de décantation.
‹ Déchets solides. Ils comprenaient les boues du traitement des effluents, des filtres, etc. [Délange 64].
L’USINE DE PRODUCTION DE NITRATE DE THORIUM
Exploitée de 1957-1971, l’usine était située dans " un agrandissement important " de l’enclave originelle. Elle recevait l’uranothorianite en provenance de Madagascar et déjà concentrée par lavage dans ce pays. Le minerai contenait de l’uranium ainsi que du thorium 232 en proportions diverses.
L’installation a utilisé plusieurs procédés, y compris un procédé de séparation de l’uranium et du thorium par extraction sélective réalisée en même temps que la purification proprement dite. Le thorium était récupéré sous forme de nitrate nucléairement pur, et l’uranium sous forme d’uranate de soude.
Le CEA a estimé en 1967 que l’usine traiterait au total 5 400 t de concentrés physiques pour obtenir 935 t d’uranium et 2 892 t de thorium [CEARa 67].
L’uranothorianite est beaucoup plus active que le minerai de thorium et d’uranium normalement traité.
Les rejets et déchets de l’usine comprenaient :
— des effluents atmosphériques. Un système de filtration et de carbone activé arrêtait des gaz tels que le radon et le thoron, " au moins en grande partie " [Braun 58].
— des effluents liquides. Pour obtenir du radium aux pieds des colonnes d’extraction, on précipitait le sulfate de plomb. Le radium était entraîné avec le plomb. On rejetait dans un cours d'eau : (1) d'une part, après neutralisation et filtration, le liquide qui restait, avec un peu de radium ; (2) d'autre part, après dilution, les eaux-mères de la filtration d’uranate et de thorium hydroxyde [Braun 1958]. Il semble que ce cours d'eau était la Juine [BIST ii.64].
— des déchets solides. Les résidus de traitement (5 600 t) se trouvent au Bauzot, les fûts vides, écrasés à Fanay, et 3 t environ d’uranothorianite non-traitées à Bessines-Sepa. Une partie des sulfates de plomb radifère, antérieurement stockés au CSM, a été récemment reconditionnée et transférée à Cadarache. À Razes se trouve un stock générateur de radon constitué de 57 fûts de sulfate de plomb de 110 kg chacun.
DÉMANTÈLEMENT DU CENTRE DU BOUCHET : 1971-1979 et la suite
C'est le CEN Saclay qui a conduit le projet. " Les installations ont été démontées et certains bâtiments démolis " [Andra 00]. Le CEA a remis les lieux à la Société nationale des poudres et explosifs en 1979 [Lallement 91]. L’Andra reconnaît les déchets suivants : 1 900 t de ferrailles (Brugeauds) et 61 555 t et 2 200 m3 de terre et gravats (Brugeauds, Montboucher, site annexe du Bouchet à Itteville, remblayage de l’autoroute à Chilly-Mazarin). L’Andra reconnaît également une contamination résiduelle des terrains :
— sur le parc JK5, lieu où ont été entreposés des résidus de nettoyage et de curage : 21 GBq en uranium 238, radium 226, et thorium 232 ;
— sur une épaisseur de 50 cm et une surface d’environ 730 m2 de l’ensemble des terrains inclus dans le périmètre de l’ancienne usine CEA (hors parc JK5) : 16 GBq en uranium, radium, et thorium ;
— sur une épaisseur de 50 cm, sur le reste du terrain : environ 285 GBq en uranium 238 et 19 GBq en radium 226 et thorium 232 [Andra 00].
Le parc JK5 est clôturé ; la démolition des anciens bâtiments devait avoir lieu en 2000-01 [Andra 00]. Les déchets provenant du démantèlement doivent être entreposés au parc JK5 en attendant de trouver un exutoire, qui est à l’étude. Le site est surveillé dans le cadre d’une convention et d’un protocole d’accord entre le CEA et la SNPE [Andra 00].
INSTALLATIONS ASSOCIÉES
L’annexe du Bouchet à Itteville (Essonne), une ancienne décharge, a été utilisée par le CEA entre 1948 et 1971 comme bassin de décantation et aire de stockage. En 2000 restaient encore sur place 15 000 t de boues contenant 20 t d’uranium et 1 t de thorium, 8 000 t de gravats, 2 100 t de stériles, et 2 500 t d’hydroxides. Se conformant à un arrêté préfectoral, le CEA a recouvert ce site en 1993 d’argile compactée, de gravier, et de terre arable [Andra 00 ; Echo 3.i.92 ; Libé 5.vi.92]. Une étude effectuée par des chercheurs de l’IPSN a conclu que la réhabilitation du site a réduit les niveaux en concentration du radon 220 et 222 au même ordre de grandeur que ceux rencontrés dans le Bassin parisien [Robé 96].
Un terrain, dénommé " Île Verte ", sur la commune de Vert-le-Petit (Essonne) en bordure de l’Essonne, est le site d’une station de contrôle des eaux, aujourd’hui démantelée, que le CEA a exploitée jusqu’en 1974. Le terrain présente une " radioactivité naturelle en quantité supérieure à celle habituellement rencontrée dans les sols de la région " mais l’activité en uranium 238 est inférieure à quelques Bq/g. Le terrain est en cours de réhabilitation définitive. Les déchets TFA générés seront entreposés au CEA Saclay. Leur exutoire est à l’étude [Andra 00].
--actualisé 18/8/01