La France nucléaire: matières et sites

Mary Byrd Davis

 
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LANGUEDOC-ROUSSILLON

MALVÉSI

IV. EFFLUENTS LIQUIDES

--L’eau. Les eaux pluviales, les eaux de refroidissement et les eaux vannes sont dirigées vers un bassin de régulation, contrôlées, et rejetées dans le Canal de Cadariège ou le Canal de Tauran [CLES 25.v.93]. L’eau rejetée est principalement contaminée en uranium, fluor et NO3-, selon la Comurhex. Le bassin de régulation est la cavité créée par l’ancienne mine de soufre, elle présente un volume de près de 2 500 000 m3. Ce bassin reçoit les eaux industrielles usées de la Société Languedocienne Micron-Couleurs aussi bien que celles de la Comurhex; mais c’est la Comurhex qui gère le bassin [DRILR 00]. En 1999, le bassin contenait 60 000 m3 de boues contenant 7,6 t d’uranium fixé [Andra 99] ;

--Solutions d’abattage des vapeurs nitreuses ;

--Nitrate d’ammonium. Selon un document fourni à la commission locale environnement et sécurité (CLES), la Soferti à Bordeaux utilise ce sous-produit “ comme engrais ” à raison de 4 900 t/an [CLES 28.vi.95] . Un document plus récent note que les “eaux mères de l’étape précipitation/calcination sont une solution très pure de nitrate d’ammonium. Elles sont concentrées et utilisées comme engrais” [DRILR 00] ;

--Les effluents de procédé. Ces effluents--principalement la solution aqueuse provenant de l’atelier de purification contenant un peu d’uranium, des métaux lourds, et d’autres impuretés sous forme de nitrates--sont expédiés à l’atelier de récupération, pour la récupération de l’uranium dans la mesure du possible et la neutralisation à la chaux. Les boues obtenues sont ensuite acheminées vers une série de bassins. La plupart des solides décantent dans les bassins 1 et 2. Le liquide est pompé vers les bassins B5 et B6, puis B7, B8, et, depuis 1995, B9 [MiLi 22.ii.95 ; Bloch 96]. Il s’évapore alors peu à peu sous l’action du soleil et du vent [CLES 25.v.93].

Les bassins B1 et B2 existaient déjà en 1959, date à laquelle a commencé l’exploitation de la Comurhex. Leurs digues étaient constituées des stériles des mines de soufre. Ils avaient été utilisés par la mine de soufre, et la Comurhex en a repris l’exploitation sans y mener de travaux particuliers, bien qu’elle ait, depuis, nécessité des interventions de génie civil (réparations) afin de parer à des fuites .Ces deux bassins n’en font aujourd’hui plus qu’un seul, ceci parce que la digue qui les séparait est maintenant largement immergée. La Comurhex a construit les Bassins B3 à B6 en 1975, également sur le site d’anciens bassins utilisés pour l’exploitation de la mine de soufre. Ils ont été remaniés en 1986-87 et équipés d’une membrane d’étanchéité. C’est à cette date que le B4 a été intégré au B5. (Le B3 est aujourd’hui asséché, et n’est plus exploité). En 1980, B7 et B8, ainsi que B9 en 1995, ont été construits au nord-est des premiers bassins, “ dans les règles de l’art ” [DRILR 98]. Au total, les bassins couvrent une superficie de 18 ha.

Selon l’Andra, l’activité de raffinage produit 4.5 m3 d’effluents pour chaque tonne d’uranium traitée. Le flux annuel en 1998 s’élevait à environ 49 000 m3 d’effluents, concentrés en 19 000 t de dépôts nitratés contenant 3,2 t d’uranium [Andra 99].

Les dépôts solides dans les Bassins 1, 2, et 3 correspondent à environ 236 200 t de nitrates et 22 890 m3 de déchets divers contenant 295 t d’uranium. L’activité totale de l’uranium, du thorium, et du protactinium s’élève à 45 TBq.

Les dépôts liquides dans les Bassins 5 à 9 correspondent à environ 49 050 t de nitrates contenant moins de 52 kg de l’uranium [Andra 99].

Pendant une partie de l’année au moins, l’eau recouvre les déchets solides. Quand l’eau baisse, le séchage des boues laisse les vents emporter des poussières de matières toxiques et radioactives. En cas de tempête alors que les bassins sont sous l’eau, le vent peut emporter des gouttelettes [MiLi 4.iii.90].

Un problème de fuites existe :

La Comurhex a admis en 1993 l’existence de possibilités de fuites, au moins latérales. [CLES 28.ix.93]. Un décret préfectoral datant du 13 septembre 1995 demandait à la Comurhex qu’elle fasse procéder par un tiers à une étude des Bassins B1 à B6. L’Ecole des Mines de Paris, à qui l’étude fut confiée, a découvert des fuites provenant des Bassins B1/B2 faisant s’écouler des eaux industrielles contaminées en nitrates jusque dans le Canal de Cadariège qui coule à proximité. Les nitrates aboutissent dans l’étang de Bages-Sigean. Un rapport publié en 1999 affirme que l’étang reçoit 380 t de nitrates par an, dont 80 t provenant de ces fuites. En plus, environ 40 t/an de rejets autorisés et surveillés provenant de l’usine viennent s’ajouter aux rejets de la Comurhex dans l’étang. [DRILR 99].

La Comurhex a reçu une amende de 10 000F pour ne pas avoir signalé l’existence des fuites; et un décret préfectoral du 6 novembre 1998 demandait à la Comurhex d’entamer des recherches sur les fuites et de les empêcher. Le bureau ANTEA, auquel la Comurhex avait demandé assistance, confirmait la réalité des écoulements dans les eaux superficielles, mais “estimait l’impact sur les eaux souterraines réduit et limité au périmètre de l’établissement.” Elle affirmait également que “les écoulements provenaient de la structure même des bassins” [DRILR 99]. Selon ANTEA, la relation entre les bassins B1/B2 et les eaux souterraines est “non certaine”[CLES 5.v.99]..

La Comurhex a entrepris le plan de réhabilitation suivant :

- - Blocage et déviation du cours d’eau du Canal de Cadariège afin de rendre possible les travaux nécessaires pour le renforcement de la structure des Bassins B1-B2. Le canal coulait au pied des bassins et transportait jusqu’ici l’eau provenant de la source de l’Oeillal et du Bassin de régulation jusqu’au Canal de la Robine, puis jusqu’à l’étang de Bages-Sigean.

- - Renvoi de l’eau de la source de l’Oeillal jusqu’au Canal de Tauran, qui rejoint le Canal de la Mayral.

-- Création, dans le Canal de Tauran, en amont de sa jonction avec le Canal de la Mayral, d’une station de pompage agricole permettant l’approvisionnement pour les agriculteurs.

- - Installation d’un conduite permettant de transporter les eaux industrielles provenant du Bassin de régulation, de façon souterraine, jusqu’au Canal de la Mayral. De là, elle sera rejetée dans un bassin. -

- - Construction d’une digue de drainage dans l’ancien lit du Cadariège, dans le but de récupérer d’éventuelles fuites provenant des Bassins B1/B2, puis de renvoyer ces eaux aux bassins d’évaporation de l’usine, qui disposent d’un revêtement intérieur d’étanchéité.

Selon les documents officiels, le blocage et la déviation du cours d’eau du Canal de Cadariège devaient être terminés pour la fin mars 2000, et la construction de l’installation de drainage devait être complétée pour la fin décembre 2000. [CLES 5.v.99]. Pourtant, les travaux ont pris du retard à cause de la tempête qui s’est produite vers la fin-1999. La déviation a été mise en eau en mai 2000, et l’objectif de décembre est maintenu.

Rupture d'une digue

Le 20 mars 2004, une digue des bassins de décantation B1 et B2 (180 m de long sur 15 m de haut) s'est rompue relâchant 15000 m3 de résidus contenant de l'uranium, du radium et divers produits chimiques. Les boues se sont arrêtées dans le terrain de Comurhex et n'ont pas atteint le canal du Tauran.  L'usine a été stoppée [Gaze v.2004].

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