RHÔNE-ALPES ANNECY-SICN Objet/type : usine de métallurgie et usinage de l’uraniumLocalisation : un terrain à Annecy (Haute-Savoie) où se trouvent à la fois des installations d’Alcatel et de Sicn. Exploitant : Sicn (au début Sacm) Période d’exploitation : depuis 1957 Matières premières : uranium métal naturel, appauvri, et retraité Production réelle : 2 000 t/an de combustible pour réacteurs graphite-gaz en 1982 En 1955, une usine de la Société alsacienne de constructions mécaniques (Sacm) a été mise en service sur le site pour la fabrication du combustible de G1. La Sicn a repris les installations. Vers cette époque, la Sicn et Alcatel faisaient tous deux partie du groupe Hispano-Alsacienne ; Alcatel est le propriétaire du site. Depuis 1980, la Sicn est une filiale à 100 % de Cogéma. La Sicn a été créée pour la production en série du combustible uranium naturel graphite-gaz (UNGG). En 1960, elle a mis en service une deuxième usine, à Veurey-Voroize, près de Grenoble, dans le but de seconder l’usine d’Annecy dans ses travaux. La Sicn a fabriqué ce combustible jusqu’en 1990/91 en utilisant de l’uranium naturel et retraité. Pourtant, la société a pendant longtemps fabriqué à Annecy, des pièces métalliques en séries industrielles pour des éléments combustibles nucléaires autres que l’UNGG. A cause de l’arrêt de la fabrication de combustible UNGG, la Sicn a développé sa gamme de produits et a commencé à se lancer dans de nouveaux domaines. En l’an 2000, l’usine d’Annecy comprend les divisions suivantes: DMA: Division Mécanique Annecy; DRA: Division Rectification; DUR: Métallurgie; Plasma Revêtement-Céramique; Graphite; Quartz. En 1998, le directeur général, Henri Staeger, a constaté que le “hors nucléaire” représenterait désormais 30% du volume d’activité de la société [DauLib 3.ii.98]. Les lettres ‘UR’ contenues dans le nom DUR correspondent à l’abbréviation du mot uranium, mais, selon le site Web de la Sicn, “la division DUR ouvre ses moyens industriels à d’autres métaux”. Néanmoins, la Sicn and la DUR prémeuvent l’utilisation de ce qu’ils appellent l’ “uranium industriel, appelé aussi uranium appauvri,” pour lequel elles développent diverses applications depuis 1957. Selon leur site web, “la faible teneur en U235 permet l’utilisation de ce matériau hors nucléaire.” “La densité de 18,7 de l’uranium favorise son utilisation dans les domaines suivants: 1) La radioprotection” (médicale, industrielle, nucléaire) et “2) L’industrie et l’armement: masses d’inertie et projectiles.” Le site web décrit également les capacités de manipulation de l’uranium de la Sicn. La Sicn applique les techniques de transformation suivantes: la fonderie (l’usine d’Annecy est la seule usine de Cogéma à disposer d’une fonderie), le filage, le laminage, les parachèvements et traitements thermiques, l’usinage. La “DUR prend en charge les problèmes de transport et de gestion de la matière de base.” De plus, la “DUR gère les relations avec les organismes de sûreté (démarches, rédaction des dossiers, suivi comptabilité uranium...).” [SicnW 00] L’usine d’Annecy travaille dans les domaines militaires aussi bien que civils. Côté civil, elle fournit, par exemple, l’uranium appauvri pour le procédé Silva d’enrichissement de l’uranium et pour des blindages de sources radioactives industrielles. Côté militaire, la Sicn a fabriqué des pièces spéciales pour la défense depuis 1982 [Comag vii-viii.82]. L’uranium appauvri (et/ou des pièces d’uranium appauvri à travailler) provenait directement de Cogéma ; de Valduc, de Bruyères-le-Châtel ou des Etats-Unis. L’usine a produit des munitions cinétiques (obus flèches), blindages, cibles. “ En 1995, un nouveau bâtiment [était] en cours de construction pour satisfaire un contrat passé avec le Giat (Groupement industriel des armements terrestres). Il s’agi[ssait] de fabriquer en grande série, des barreaux de munitions cinétiques pour les chars et les véhicules blindés " [défi iii.95]. Sicn a usiné 60 000 pénétrateurs pour la munition de 120 mm, APFSDS-T OFL 120 F2, utilisé par le char Leclerc. Le reste de la munition a été fabriqué à l’usine Giat Industries de Salbris. Sicn a également, semble-t-il, usiné la munition de 105 mm APFSDS-T OFL 105 E2, utilisé par le canon F1 du char AMX-30 de Giat Induustries [Obsan , #5, x.00]. Matra Défense est, comme Giat Industries, un client de la Sicn. La Division Mécanique affirme que “Les secteurs d’activité nécessitant l’habilitation Confidentiel Défense trouvent au sein de DMA l’organisation nécessaire,”. Le site Web de la Sicn affiche clairement la volonté de l’entreprise d’étendre ses domaines d’activité et la portée de son action par le biais d’exportations. [SicnW 00]. En juillet 2002, Cogéma a annoncé que la société Sicn-Annecy "met un terme à son activité métallurgie de l’uranium et filialise à compter du 1er juillet 2002 ses fabrications mécaniques dans une société baptisée GEMMA pour favoriser leur essor." GEMMA, filiale à 100% de Sicn, a son siège social à l’usine Sicn d’Annecy DÉCHETS Ce n’est que l’arrêté préfectoral n° 1817-93 du 24 septembre 1993 qui a régularisé la situation concernant la gestion des déchets sur le site. Effluents atmosphériques En raison des poussières d’uranium et d’oxyde d’uranium, une possibilité de contamination de l’air à l’intérieur et à l’extérieur existe en particulier à la fonderie, au magasin uranium, à l’atelier de recyclage des copeaux, au bâtiment oxydation. Effluents liquides Les eaux pluviales et de refroidissement étaient, en 1993, dirigées vers des puits perdus situés sur le site. Les eaux contaminées par l’uranium sont dirigées vers les égouts de la ville après traitement physico-chimique. Les rejets de ces eaux devront être limités à 40 m3/j et 4 m3/h. La concentration moyenne en uranium total ne devra pas dépasser 3 mg/lŠ La concentration maximale ne devra pas dépasser 10 mg/l. L’exploitant doit « viser, d’ici fin 1994, un rejet en uranium à la sortie de la décontamination inférieur à 1,5 mg/l en concentration moyenne et inférieur à 50 g/jour en flux ». Les liquides contaminés par des hydrocarbures peuvent être rejetés sans traitement si la concentration atteint 20 ppm ou moins. L’usine utilise du toluène, de l’acide nitrique et du trichloréthylène qui doivent être évacués de temps en temps. Résidus d’uranium appauvri Un rapport de 1988 provenant de la Direction des applications militaires (Dam) présentait la situation des déchets solides à cette date. En 1988, la Sicn recevait des résidus d’uranium de Bruyères-le-Châtel (B-III) et des sites qui avaient expédié leurs déchets à Bruyères. Annecy traitait et vraisemblablement traite encore ces résidus et les résidus produits à l’usine par trois méthodes : --Par compactage et refonte des copeaux exempts d’huile. B-III n’expédiait à Annecy en 1988 que les copeaux d’uranium appauvri. En 1993, les opérations de tri, recyclage et compactage avaient lieu dans l’Atelier de recyclage des copeaux. --Par grillage en étuve pour tout alliage d’uranium exempt d’huile. Ce grillage « consiste à porter l’uranium à 500°C dans une atmosphère dynamique enrichie en oxygène. L’uranium métallique se transforme alors en oxyde U308. » La Dam vendait l’U308 naturel dont elle était propriétaire à Cogéma. L’U308 appauvri restait la propriété de la Dam, mais était évacué vers Cogéma-Pierrelatte pour stockage [Ambolet 88]. En 1993, le grillage avait lieu dans le bâtiment d’oxydation. Une plaquette publicitaire de Sicn de 1994, mentionne le grillage et le conditionnement de l’uranium pour stockage parmi ses technologies avancées. --Par refonte des “ingrillables” tels que les alliages réfractaires. Les copeaux et les sciures recouverts d’huile posaient problème. Sicn a connu des problèmes de dégagement d’hydrogène sur des fûts de sciures, pourtant conditionnés dans de l’huile, stockés depuis plus de dix ans. Il lui a fallu d’urgence reconditionner la totalité en attendant qu’une solution de retraitement soit trouvée. En 1988, B-III évacuait ces déchets pour brûlage en plein air [Ambolet 88] vraisemblablement à Moronvilliers. Il est probable que la Sicn évacue également quelques déchets pour brûlage. Autres déchets solides :--Filtres et poussières uranifères autres que celles provenant du grillage. --Moules de graphite et creusets. Ils sont recyclés dans la fonderie si possible, sinon évacués. Avant 1969, la Cerca et la Sicn entreposaient 10 400 t de graphite, quartz et boue de sablage sur le carreau de l’ancienne mine du Bauzot (Saône-et-Loire) [Andra 96]. --Boues issues du sablage humide et du traitement des eaux provenant des installations de traitement thermique, de redressage sous eau. L’arrêté parle d’évacuation des boues en tant que déchets radioactifs et il mentionne le grillage des boues. Pré-Etude par la Crii-Rad A la demande des Verts de Haute Savoie, la Crii-Rad a réalisé en juillet 2001 des prélèvements dans l’environnement de l’établissement de Sicn. Il s’agissait d’une pré-étude rapide. Les chercheurs ont trouvé dans de terre raclée dans une gouttière du site une radioactivité de 6.200 Bq par kilo au lieu du taux normal de 40 Bq par kilo. Cette radioactivité vient d'un rejet, un des chercheurs a constaté dans un conférence de presse le 13 septembre 2001. Sur la base du travail effectué et de l’analyse d’informations transmises par la Drire (Haute-Savoie), la Crii-Rad a demand que les autorités procèdent, dans les meilleurs délais, au contrôle systématique des abords de l’établissement, que l’état de la nappe phréatique soit rapidement contrôlé, et que les autorisations de rejets de pollunats accordées à la Sicn soit revues à la baisse [www.criirad.com; AFP 13.ix.01]. Actualisé 31/12/02
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