RHÔNE-ALPES TRICASTIN/PIERRELATTE III. COMURHEX (DEPUIS 1992, FILIALE À 100 % DE COGÉMA, QUI EST DEVENUE AREVA NC) Sur le site de Tricastin, la Comurhex produit de l’hexafluorure d’uranium, fabrique des produits fluorés divers (ClF3, WF6 …), et fournit le fluor comprimé et un mélange F2/N2 [Comurhex 00]. Nous ne présentons ici que les activités qui implique l’uranium. III.A. Usine pour la conversion de l’UF4 en l’UF6 La partie la plus importante de l’usine, une ICPE, transforme l’UF4 provenant de l’uranium naturel en UF6, et un sous-ensemble spécifique, qui constitue l’INB 105, transformait le nitrate d’uranyle de retraitement en UF4 et en UF6 ou en U3O8 pour l'entreposage. En 1999, selon M. Lemarchand, directeur de Comurhex, 95 % de l’activité uranium de Comurhex consistait à convertir l’UF4 en UF6 à partir d’uranium naturel, et 5 % à recycler l’uranium issu du retraitement [CIGEET 27.ix.99]. La séparation des deux voies, uranium naturel et uranium de retraitement, n’était pas parfaite. Selon la DSIN, " la circulation d’un composé de lavage des effluents dans une partie commune aux deux filières a provoqué la contamination des fluorines destinées à la décharge de Solérieux ". Comurhex avait mené des travaux qui permettaient de séparer les flux des deux filières ; il obtenait ainsi trois types de fluorines : des fluorines provenant de la filière uranium naturel ; des fluorines provenant de la filière uranium de retraitement ; et des fluorines sans uranium " et susceptibles d’une valorisation ultérieure (en projet) " [DSIN 00]. III.A.1. L’ICPE Période d’exploitation : depuis 1962Procédé : fluoration dans un réacteur à flamme Matières premières : fluor et, en provenance de Malvési, UF4 Capacité nominale : 14 000 t/an d’uranium Production réelle : en 2007, 13,700 t d'uranium sous forme d'UF6Commentaires : Comurhex produit le fluor sur le site par dissolution de fluorure de potassium dans l’acide fluorhydrique et l’ionisation de la solution L’UF4 est transformé en UF6 par fluoration dans un réacteur à flamme. (Voir Production de l’UF6 dans la section Raffinage et Conversion des Concentrés de l’Uranium.) Déchets solides Les radionucléides qui ne sont pas volatils, notamment les produits de filiation de l’uranium comme le thorium 230, le radium 226, le bismuth 214 et le plomb 214, " se concentrent dans les imbrûlés." On les trouve sur les parois du tube de réaction et dans les filtres [Level l971]. Ces imbrûlés et les filtres qui les piègent sont hautement contaminés. En 1985, Comurhex conditionnait les poussières et les cendres des filtres dans du bitume en vue d’un stockage à long terme [Beck 85]. En 1971, et probablement encore aujourd’hui, les effluents gazeux subissaient un traitement qui produisait du CO3K2 et du fluorure de calcium. Le CO3K2 était réutilisé et le fluorure de calcium (fluorine), " légèrement " contaminé à l’uranium, était mis en décharge. De 1964 à 1977, la Comurhex a déposé 14 000 m3 de fluorine, contenant 1,4 t d’uranium dans une butte à l’intérieur du site de Pierrelatte (voir la Cogéma ci-dessus). Entre 1977 et 1995, elle a déposé 28 356 t de fluorine contenant 1 939 kg d’uranium naturel en fûts métalliques sur la décharge de Solérieux [Andra 96]. En 1999, à la suite d’une controverse liée à la découverte d’une contamination, par de l’uranium de retraitement, des fluorines déposées à Solérieux, la Comurhex a temporairement stoppé les envois des fluorines vers Solérieux (voir Solérieux). III.A.2. TRAITEMENT DE L’URANIUM DE RETRAITEMENT (INB 105) QUE L’ON CONNAISSAIT PRECEDEMMENT SOUS LE NOM D’ ATELIERS PILOTES Objet : transformation de nitrate d’uranyle en UF4 et ensuite en UF6 pour l’enrichissement; et en U3O8 pour entreposage Installations : structures 2000 (production d’UF4 et U308) et 2450 (conversion d’UF4 en UF6) Période d’exploitation : structure 2000, depuis 1976; structure 2450, 1976-2002 Procédé : voie humide (DUA) ; ensuite réacteur à flamme Matières premières : nitrate d’uranyle provenant des usines de retraitement du combustible des réacteurs à eau légère, l’uranium enrichi étant à moins de 2,5 % Capacité nominale : 900 t/an d’uranium sous forme de U308 depuis 1995 Production réelle : en 2007, 0 t d'UF4 et d'UF6 et 537 t d'U308; en 2008, 0 t d'UF4 et d'UF6 et 6,2 t d'U3O8 Dans le passé, les structures qui constituent l’INB 105 étaient plus connues sous le nom d'Ateliers pilotes. Comurhex a pour un temps eu l’intention de construire toute une usine pour la conversion de l’uranium de retraitement (l’équivalent de l’installation TU5 de Cogéma). Les ateliers ont traité la plupart du nitrate d’uranyle provenant du retraitement de combustible de réacteurs à eau légère de La Hague et de l’usine DWK à Karlsruhe, et ils ont expédié la plupart de l’UF6 aux Etats-Unis pour enrichissement [NucE n° 1-2,88 ; Liégois 86 ; Durand 91]. En 2000, la DSIN a autorisé " le redémarrage de la structure 2000, dont le fonctionnement était subordonné à la séparation des flux des effluents ayant conduit à la contamination des fluorines par de l’uranium de retraitement " [DSIN 00]. Comurhex a mis à l'arrêt la structure 2450 en 2002. Jusqu'à cette année structures 2000 et 2450 avaient manipulé l'uranium enrichi entre 1 et 2.5%. Depuis la mise à l'arrêt de Structure 2450, Structure 2000 ne manipulait que l'uranium enrichi à moins de 1%, ce qui permettait à l'installation de fonctionner sous la réglementation d'une ICPE au lieu d'une INB. Par courrier du 8 décembre 2004 Comurhex a confirmé son intention de mettre à l'arrêt la structure 2000 et de mettre à l'arrêt définitif l'ensemble de l'INB avant la fin de décembre 2008 [ASN 05]. En 2008, l'ASN a découvert des irrégularités
dans le fonctionnement de l'INB 105, ce qui pourrait provoquer une pollution
chimique ou radiologique, et elle a demandé à Comurhex d'établir un plan
d'actions pour remédier à ces problèmes, notamment par la mise en place de
moyens visant à éviter que les réservoirs ne déversent des produits
dangereux. Au lieu d'établir un tel plan, Comurhex a annoncé à l'ASN, en
octobre 2008, que l'INB 105 allait être mise à l'arrêt définitif avant la
fin 2008. Pendant les trois premiers mois de l'année 2009, Comurhex prévoyait
de soumettre à l'ASN un plan de démantèlement de l'INB 105. Cependant,
Comurhex a l'intention de conserver l'activité de la cheminée de l'INB 105,
celle-ci collectant les effluents gazeux de la plupart de ses installations.
Certaines aires d'entreposage demeureront également en activité [ASN 08,
p.395]. Déchets La conversion d’UF4 de retraitement en UF6 dans un réacteur à flamme épure partiellement l’uranium retraité. Les destinations des impuretés les plus importantes sont les suivantes : --transuraniens : la plupart des transuraniens se retrouvent soit dans les imbrûlés soit sous forme de cendres. " Chaque kilogramme d’uranium abandonne une activité égale à 3 ou 6 fois la limite annuelle d’incorporation (LAI) du neptunium 237 " [Castaing 81-82]. Néanmoins, une quantité suffisante de transuraniens reste dans l’UF6 pour que cela pose un problème au cours de l’enrichissement ; --produits de fission : le comportement des produits de fission dépend de leur tension de vapeur. Les fluorures de ruthénium et technétium, qui ont à peu près la même tension de vapeur que l’UF6, " ne sont pas totalement séparées " de l’UF6 [Roux 88] ; --produits de filiation de l’uranium 232 : les déchets en contiennent 95 % ; --isotopes de l’uranium : tous se retrouvent dans l’UF6 où l’uranium 232 génère de nouveaux descendants. Les fluorines provenant du lavage des gaz résiduels (voir l’ICPE ci-dessus) sont normalement expédiées à l’Andra car trop contaminées pour être entreposées dans une décharge [Andra 96, 99, 00]. Les rejets gazeux radioactifs annuels de Comurhex (ICPE et INB 105 ensemble) sont 500 MBq pour l’uranium, 14 MBq pour les transuraniens, 450 MBq pour les autres radioéléments, et 200 MBq pour les produits de fission [ComurDem 01]. Les effluents liquides sont traités et contrôlés dans les installations de l’INB 105. Ils sont expédiés ensuite vers les ateliers / ICPE de traitement des effluents liquides de Comurhex pour " quelques dernières opérations. " Ils sont ensuite rejetés dans le canal de Donzère-Mondragon via les installations de Cogéma [ComDem 01] (voir Cogéma ci-dessus). En sortie de l’établissement, les caractéristiques annuelles de l’ensemble des rejets liquides radioactifs de Comurhex sont 1 GBq pour l’uranium, 60 MBq pour les transuraniens, 600 MBq pour les autres radioéléments, et 17,5 GBq pour le technétium [ComurDem 01]. En 1998, le GTCRCSa fait remarquer " que des incertitudes rest[ai]ent à lever concernant la présence d’uranium et de fluorures, en quantités significativement supérieures aux teneurs naturelles, à l’aval hydraulique de l’Etablissement Comurhex." Pour cette raison parmi d’autres, l’ensemble des exploitants a pris la décision de réaliser en commun une étude " portant sur l’hydrogéologie et les caractérisations de la nature et de la migration des toxiques chimiques au niveau du site." Le GTCRCSa soutenu cette initiative [HC 98]. En juillet 1997, la Comurhex et Eurodif ont déposé des dossiers de demande d’autorisation de rejets. Les dossiers ont été jugés irrecevables en l’état. Par conséquent, les deux sociétés, en liaison avec Socrati, ont déposé un nouveau dossier en 1999. En 2000 ce nouveau dossier a été transmis au préfet de la Drôme pour être mis à l’enquête publique [DSIN 00]. III.B. Usine pour la conversion d’UF6 en UF4 Période d’exploitation : depuis 1968 ? Procédé : réduction de l’UF6 par hydrogène Matières premières : l’UF6, d’ordinaire appauvri, provenant des usines de diffusion gazeuse L’UF4 produit était expédié à Malvési pour y être transformé en métal [Level 71]. La fabrication de métal à Malvési a été arrêtée en 1991, et l’usine semble ne plus fonctionner depuis. III.C. Comurhex II En mai 2007 Areva a annoncé la construction d'un nouveau complexe à Tricastin dans le but de transformer l'UF4 en UF6. La construction inclura la rénovation de l'installation Comurhex existante et la création de nouvelles installations. Ces nouvelles installations sont les suivantes : - une unité de réception, d'entreposage et de distribution d'HF (unité 61) ; - une unité de production de fluor
par électrolyse (unité 62) ; - une unité de réception,
d'entreposage et de distribution d'UF4 (unité 65) ; - une unité de transformation de l'UF4 en UF6 et de conditionnement de l'UF6 (unité 64) ; - une unité de traitement des liquides effluents (STEL) et de distribution du potassium (unité 68). Les nouvelles installations seront
construites au nord du site Comurhex, à l'endroit où se trouve actuellement
l'INB 105. Comurhex II aura une capacité de production initiale de 15 000 tonnes d'uranium par an, pouvant être étendue à 21 000t/an. Les recherches sur le site, les opérations techniques et les demandes d'autorisation ont commencé en 2007, et l'ingénierie civile en 2008. L'enquête publique sur ce projet est en cours en 2009. La production industrielle devrait débuter vers le milieu de l'année 2013 [Areva – Tricastin. 07 ; Steyn 08 ; ArevaCom 08, vol. II, p.32]. --actualisé 5/17/09 copyright © Yggdrasil 2001-2007; copyright © EcoPerspectives 2008-2009 |